Extrait L’Assassin de la Dauphine

Extrait du chapitre 5

 

Ils se trouvaient sur une vaste plaine où il y avait peu de végétations si bien qu’ils aperçurent immédiatement un petit garçon qui n’avait guère encore atteint ses dix ans, entourés par une meute de loup qui voulait se gaver avant l’hiver. L’enfant était à terre et il semblait saigner. Cependant aucun des deux ne l’auraient juré car ils étaient loin. Alors qu’ils lançaient leur monture au galop pour tenter de secourir l’enfant, ils virent une silhouette noire sortir du bois et galoper en direction de l’enfant. Elle était plus proche d’eux et ils virent avec effroi et consternation qu’il s’agissait d’un membre de la Confrérie.

-Maxime, tiens bon, j’arrive ! Michel, accroche-toi bien à moi !

Ils virent la silhouette noire montée sur un destrier d’ébène prendre l’arc qui était dans son dos à une vitesse stupéfiante, encocher une flèche et tirer alors que sa capuche était tombée dans son dos. L’Assassin tira trois flèches avant de ranger son arc d’une main et de stopper son cheval noir de l’autre. C’était certainement un pur sang des déserts du Sud.

L’animal n’était pas encore arrêté que le cavalier sautait à terre. Ils virent qu’alors un second petit garçon, identique au premier, était sur le cheval avec le cavalier. Ils ne purent toutefois s’empêcher de ralentir leur propre monture lorsqu’ils virent la Rose Noire entrer en action. Alors que d’une main gantée l’Assassin décrochait sa longue cape, de l’autre il dégaina son épée. Le lourd manteau n’avait point fini de toucher le sol qu’il avait saisi une dague de l’autre main. Dans l’élan de sa course, il sauta, prit appuie sur les énormes loups du nord et atterrit souplement devant l’enfant terrifié.

– Abie… pleura l’enfant en s’accrochant à sa jambe.

– Père t’avait pourtant prévenu de ne point quitter la Forteresse ! Maintenant lâch…

Il n’eut pas le temps de terminer, un loup attaquait.

Ce n’était point un combat, c’était une danse. Une danse mortelle, certes, et entravée par un enfant, mais la Rose Noire était éblouissante. Le prince ne pouvait s’empêcher de l’admirer. Pour rien au monde il n’aimerait se retrouver en face d’un adversaire tel que lui. Il frissonna en songeant que ce devait être le même genre de personne qui avait assassiné son épouse. L’Assassin se débattait tant contre l’enfant qui refusait de lâcher sa jambe que contre huit loups… trois étaient morts à cause des flèches et un autre sous la lame de son épée. Puis, sans prévenir, trois l’attaquèrent simultanément et, si grand guerrier qu’il fut, il voulut d’abord protéger l’enfant ; tandis que son épée se plongeait dans un thorax et que la dague tranchait une artère importante d’un autre quadrupède, le troisième tenta sournoisement de s’en prendre au petit garçon et l’Assassin eut juste le temps de couvrir de ses bras l’enfant alors que le loup sautait. Il mordit son bras et l’Assassin poussa un cri avant de tomber en arrière, lâchant son épée sous le coup de la douleur.

Sans se concerter, les deux amis ne se posèrent aucune question et ils lancèrent de nouveau leur monture au galop. Le prince songea que s’il mourrait, ce serait de leur faute car ils s’étaient arrêtés pour admirer la stratégie guerrière de la Rose Noire.

Ils arrivèrent en poussant un cri de guerre, surprenant les animaux et les enfants mais non point l’Assassin qui les avait entendus approcher depuis un long moment. Le bras sous la poitrine, il se battait avec la main gauche tout aussi habilement qu’avec la droite et avait rangé sa dague maintenant inutile.

Une fois la meute mise en déroute, les deux amis observèrent le petit bois quelques instants afin d’être certain qu’ils ne reviendraient pas alors que six des leurs étaient morts. Ils s’en retournèrent auprès des trois autres. Les jumeaux entouraient leur sauveteur et lui parlaient comme s’inquiétant pour lui. Il fallait avouer qu’il y avait beaucoup de sang au sol et celui-ci semblait couler du vêtement. Le prince observa la fine silhouette. Fine mais pourtant d’une grande force, il n’en doutait point. Il portait une chemise noire en soie,des gants en cuir et une sorte de protège poignet qui remontait jusqu’en haut des avant-bras et était sans doute utilisé dans le but d’étoffer les manches bouffantes de la chemise, dont l’époque n’était point avare.

Alors qu’ils laissaient leur monture brouter près de celle de l’Assassin, les deux amis s’approchèrent prudemment de l’homme blessé.

– J’espère maintenant Maxime, que tu ne désobéiras plus ! Et toi non plus Michel ! Que dirait maman si elle vous voyait ?

Les jumeaux baissèrent la tête et l’Assassin secoua la sienne.

– Allez, aidez-moi à me lever qu’on rentre avant d’ameuter toute la Confrérie…

Le jumeau blessé pouffa :

– Père en serait capable.

Son jumeau rit avec lui et, quand il se leva en souriant par l’idée que venait d’évoquer le gamin, l’Assassin aperçut les deux gentilshommes et sembla s’en souvenir. Son sourire se fana et il prit l’épaule de l’un des jumeaux. Il leur murmura sans quitter les intrus des yeux.

– Prenez mon cheval et rentrez. Les autres ne devraient pas tarder mais on ne sait jamais…

– Mais Abie…

– Il n’y a pas de mais ! Surtout après ce qu’il s’est passé aujourd’hui.

Le prince comprit qu’il se méfiait d’eux et leva les mains en signe de paix après avoir rangé son épée.

– Nous ne vous voulons aucun mal !

– Que faites-vous ici ?

Le prince regarda son ami afin de chercher une réponse possible. Il n’allait tout de même pas avouer qu’ils les cherchaient !

– Nous voulions…

L’Assassin blessé leva ses yeux ambrés au ciel et soupira :

– Ecoutez, je suis élevée depuis de que je suis enfant à reconnaître tant un potentiel danger que le mensonge de la vérité !

Alors que les deux amis se concertaient de nouveau du regard, l’Assassin vacilla et ses frères hurlèrent de terreur. Ils voulurent s’approcher mais il leur fit signe de s’arrêter.

– Ne vous inquiétez pas, j’ai déjà été plus grièvement blessée… je vais…

Et la Rose Noire perdit connaissance.

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