Chapitre 1 & 2 (en partie) Larmes (La mélodie du Destin I)

 I

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Dans le comté Berkeley en Caroline du sud, à quelques miles au nord de Charleston, une jeune fille terminait sa lecture en rentrant chez elle alors que la nuit commençait doucement à tomber sur les paysages verdoyants de cette belle contrée. Une larme perla au coin de son oeil gauche et, sans qu’elle puisse la retenir, coula sur sa joue. D’un geste rageur, la jeune fille l’essuya du revers de la main. Elle revenait de chez son amie, son inestimable amie, Margaret Mitchell dont les terres s’étendaient le long des siennes. Le père de son amie était l’homme le plus riche de la région ; mais ce n’était guère ce qui les avait rapprochées : c’était leur gaieté mutuelle, leur vivacité commune, qui les avait liées. Ses parents à elle, Angélique Beckett, n’étaient point riches même si dire qu’ils étaient pauvres était démesuré. Disons simplement qu’ils vivaient avec ce qu’ils avaient et qu’ils ne manquaient de rien mais leur vie aurait pu être plus confortable.

Sa mère était Française, elle était née là-bas et y avait passé les premières années de sa vie, jusqu’à ce que sa famille ait dû quitter la France à la suite de la Révolution Française. Anne était une enfant de dix années lors de l’exécution du roy Louis XVI, le 21 janvier 1793, mais sa famille ne quitta la France que cinq années après, alors qu’elle terminait sa quinzième année car le climat politique était réellement devenu trop instable pour l’aristocratie. Sa famille était allée vivre en Angleterre et son père l’avait mariée quelques semaines après leur installation à un jeune propriétaire de plantation Américain venu en Angleterre se trouver une épouse. Les parents de la mère d’Angélique avaient vu dans cet hymen un moyen infaillible d’éloigner leur fille, qu’ils aimaient certes mais qui les agaçait profondément. Anne de Laprade avait déjà un caractère épouvantable, renforcé par son entêtement à se croire supérieur à tous, son époux compris, même si elle le respectait, comme se le doit une dame du sud. Elle avait toujours beaucoup favorisé sa fille aînée, Georgiana, née deux ans après le début de l’union de ses parents, en qui Anne avait fondé tous ses espoirs. Elle n’en oubliait point pour autant l’éducation de ses autres filles afin que leur famille ait la meilleure réputation possible. Il fallait que chacune de ses filles fût accomplie.

De leur union était née cinq enfants, tous encore en vie. Il y avait d’abord Georgiana, la favorite de Anne Beckett, Ashley, le seul mâle de la progéniture et donc le seul héritier des terres, venait ensuite Angélique – qui venait justement d’entrer dans la cour de leur maison dresser sur une colline au pied de laquelle coulait une paisible rivière. Les deux filles cadettes étaient des jumelles de pas encore seize ans mais d’une ressemblance aussi troublante que leur caractère s’opposait.Victoria, la plus douce personne qu’il eût été donné de voir à Angélique, ne voyait le mal nulle part sur Terre. Elle était studieuse et admirait Angélique pour sa vivacité. Elle lisait beaucoup avec sa soeur aînée et toutes deux discutaient souvent de leur lecture respective. Le piano n’était point le premier talent de Victoria même si elle jouait avec joliesse. Elle chantait par ailleurs à merveille d’un timbre pur et clair qu’elle avait développé avec les plus grands musiciens de Charleston. Douce et gentille à souhait, elle serait la compagne idéale pour un gentleman. Ni grande ni petite, elle avait les yeux bleus de sa mère, tout comme Lucy. Les deux soeurs étaient à un tel point semblable que seul leur caractère permettait de les différencier. Fines et élancées, elles étaient gracieuses et naturelles au possible. Toutes deux châtains clairs, leur chevelure bouclée n’avait cependant que cet attrait d’enviable. Lucy, pour sa part, était frivole. A quinze ans, sa mère savait parfaitement, comme tout le comté d’ailleurs, qu’elle n’était plus aussi pure que le jour de sa naissance. Elle aimait rouler dans la paille disait Angélique en souriant devant la frustration et l’indignation de leur mère.

Angélique n’avait jamais été aimée par sa mère. Elle l’avait compris très jeune et, après avoir longtemps essayée de plaire à sa mère et de gagner son affection, elle avait abandonné pour se tourner vers son père. Celui-ci, doux mais sévère, adorait particulièrement son fils et Angélique. Les deux seuls enfants dont il se préoccupait réellement. Guère gentleman de nature, il avait des manières un peu sauvages et n’aimait pas beaucoup la société, qu’il évitait dans la mesure du possible et de la politesse.

Il était grand et fort mais l’âge lui donna de l’embonpoint qui lui ôtait toute civilité. Les traits cependant fins, il avait des yeux gris d’acier qui en intimidaient plus d’un. Il tenait ainsi sa femme en respect, ses filles ainsi que son fils, exceptée Angélique par moment.

Alors qu’elle entrait dans la cour de la demeure familiale, la jeune fille entendit le bruit de sabots ferrés au galop sur le pavé et elle se retourna. Son frère lui souriait avec sa bienveillance habituelle.

Angélique le vit descendre souplement à terre et elle songea qu’il était vraiment beau. Et elle savait que ce n’était point le simple amour fraternel qui lui faisait penser cela. C’était la plus stricte vérité. A l’âge de dix-neuf ans à peine, il était d’une nature joyeuse sans cependant être naïf. Il aimait la lecture et l’équitation, danser avec de jolies filles lors de bals ou réceptions divers. Il était d’une nature forte, comme son père, mais avait reçu la force tranquille de sa mère. Il était le parfait gentleman avec en plus toutes les grâces françaises du gentilhomme. Aussi grand que son père, il lui ressemblait presque trait pour trait mais avec la noblesse des traits de la famille de sa mère ce qui le rendait plus impressionnant encore. Aussi brun que sa soeur aînée était blonde, ses yeux gris ressortaient davantage. Il avait hérité de la grâce de sa mère et promettait d’être un digne héritier pour son père. Il adorait Angélique et la soupçonnait depuis longtemps d’être une jeune fille plus accomplie encore que Georgiana, leur aînée, mais il se demandait si cette démarque était fondée ou s’il était aveuglé par son affection pour sa soeur cadette.

Il s’avançait vers elle de son pas souple et silencieux tout en la détaillant. Encore et toujours débraillée ! Elle allait encore faire hurler leur mère. Angélique se tenait devant lui, un livre dans les bras et il sourit de nouveau. Elle était d’une gaieté peu commune c’est pourquoi, sans en savoir le motif, la jeune fille rendit son sourire à son frère. Mais elle était aussi la plus rebelle des jeunes filles du pays. Plus exactement, elle aimait le grand air, la lecture et l’écriture, monter à cheval… Bref, être libre de son temps et de ses mouvements. Elle n’aspirait point au mariage et sa mère de toute façon ne désirait guère que sa fille amoindrît les chances de sa sœur aînée. Sa mère était persuadée qu’Angélique n’était qu’une dévergondée aussi ignorante qu’inintéressante. Angélique parlait pourtant couramment le français et le latin mais ne parlait pas un mot d’espagnol. Elle avait néanmoins étudié l’allemand. Elle ne dessinait pas ou fort peu car elle préférait la peinture et même sa mère trouvait ses toiles agréables. Sauvage mais sociable, elle aimait rire, danser mais jamais ne chantait. D’après elle, c’était une horreur. Elle montait plusieurs heures par jour à cheval, ce qui lui avait donné de la force dans les bras et rendu ses épaules plus carrées. Elle riait de tout et de rien ; spontanée, elle était franche mais elle pouvait tout aussi bien se montrer un peu taciturne voir acerbe quand quelque chose lui déplaisait. La jeune fille avait les yeux verts – d’où son prénom – comme des angéliques ou des émeraudes selon la luminosité et son humeur. Elle avait hérité cette dernière caractéristique de sa grand-mère maternelle qui était, selon sa mère, la femme la plus belle qui lui ait été donnée de rencontrer. George Beckett, le père d’Angélique, l’affirmait aussi. Jamais Anne ne voulut s’en apercevoir mais Angélique lui ressemblait beaucoup, hormis ses cheveux blonds. Aussi brune que son frère, ses cheveux avaient de magnifiques reflets roux au soleil. Toujours en pagailles, ils étaient longs et peu soignés mais fins et légers comme de la soie. Sa chevelure faisait ressortir ses prunelles limpides et, malgré les angoisses de sa mère,la jeune fille avait le teint frais et non basané par ses promenades dans la campagne. Angélique n’était point grande mais son maintien et sa grâce la grandissaient. Son pas silencieux surprenait toujours son père et pas un jour ne passait sans que la jeune fille, âgée d’à peine seize années, ne provoquât la colère de sa mère.

— Où étiez-vous encore ? lui demanda son frère en riant. Père m’a demandé de vous chercher… je lui ai répondu que l’on vous trouverait lorsque nous ne vous chercherions plus. Et devinez quoi ma chère ? J’avais encore une fois raison !

Angélique pouvait autant mal prendre sa remarque qu’en rire. Ashley le savait et ce n’est pas sans soulagement qu’il l’entendit rire aux éclats. Les colères de sa sœur, quoique brèves, étaient aussi déstabilisantes que mortifiantes.

— Pourquoi père m’a-t-il fait mander ?

— Je crois que c’est parce qu’il y a un bal ce soir et que vous n’êtes point depuis le dîner dans votre chambre à préparer votre toilette comme le font nos chères sœurs.

Angélique soupira. Ensemble, ils rentrèrent dans la maison d’ordinaire peu bruyante et ordonnée. Il y avait aujourd’hui un désordre fou et Angélique elle-même marqua la plus vive surprise.

La jeune fille tourna la tête vers son frère enquête d’une quelconque aide mais celui-ci s’était déjà éclipsé. Sans doute pour se préparer lui aussi.

Angélique entendit le pas lourd de sa mère descendant, plutôt dévalant, les escaliers. La maîtresse de maison en descendait bien, toute bouleversée, en s’écriant :

— Vous voilà enfin, ingrate enfant ! Mon Dieu, quel est votre accoutrement ? Seigneur, qu’ai-je fait pour mériter une telle enfant ?

Sans laisser à Angélique le temps de répondre, sa mère poursuivit en lui prenant le poignet :

— … cela n’a aucune importance, je n’ai pas le temps de me disputer avec vous. Je ne veux point savoir où vous étiez ni ce que vous faisiez… Nous partons chez les Felding dans moins de deux heures et vous n’êtes même pas encore lavée !

— Nous avons tout le temps, mère ! Ne vous enfaites point pour moi… Je vais me débrouiller.

— Je ne m’en fais guère pour vous, s’exclama Anne avec colère en dardant sur sa fille un regard haineux, mais pour votre pauvre sœur ! Heureusement, elle a eu la bonté de choisir une toilette à votre place, sinon demain, nous y étions encore !

N’importe qui aurait sans doute été peiné par ce que venait de dire Mrs Beckett à sa fille. Mais personne dans la maison de releva. C’était, comme tout, une question d’habitude.

Sa mère la quitta sur le palier pour rejoindre Georgiana qui parfaisait ses boucles anglaises. Victoria vient la voir et l’aida à se vêtir, elle-même déjà prête.

Angélique, qui avait complètement oublié ce bal qui pourtant lui tenait à cœur, se dépêcha de se préparer.

Lucy les regardait se préparer en marmonnant. Elle avait été punie car elle avait fait croire à sa mère qu’elle était enceinte et qu’elle ne savait pas de qui. Malheureusement pour elle, sa mère n’avait pas du tout apprécié son humour et, ainsi, elle était privée de bal.

 

Georgiana et Angélique ne s’appréciaient que moyennement mais la jeune fille devait bien reconnaître que sa sœur avait un goût sûr pour tout ce qui était « chiffons ». Angélique ne regarda même pas la robe que sa sœur l’aidait à passer. Pour le moment, elle pensait surtout aux personnes qui seraient présentes ce soir-là.

Mrs Beckett sortait le moins souvent possible avec sa deuxième fille. Elle ne l’aimait guère, chacun le savait. On admirait d’ailleurs secrètement la jeune Angélique de rester si joyeuse et aimable. On ne blâmait point Mrs Beckett, et personne ne parlait jamais des sentiments peu maternels qu’éprouvait la mère pour sa fille. On ne disait rien, on ne se risquait pas… C’était évidemment beaucoup plus facile ainsi.

Angélique ressortit de sa chambre, qu’elle ne partageait avec personne, Georgiana ayant émie le souhait d’être seule et d’avoir des appartements attitrés.

La fille aînée des Beckett portait une robe en fine mousseline jaune et verte pastel. Elle était à ravir. Elle était étincelante et ses deux autres sœurs semblaient moins belles à côté, de leur tenue plus modestes. Mais Angélique n’en avait cure, elle voulait simplement danser !

On était à la fin du printemps et il faisait très doux dehors jusque tard dans la nuit.

Angélique portait une robe verte comme les épines des sapins. Elle allait bien avec ses yeux mais ses cheveux n’étaient cependant pas très bien attachés. Encore une fois, elle n’en avait cure.

Sa mère lui jeta un rapide coup d’œil et, jugeant qu’elle était présentable, entra dans la capote qui les conduirait toutes ensemble chez les Felding.

 

Angélique, dès leur arrivée, remarqua que les regards se tournèrent unanimement vers sa sœur. Cependant, elle ne parvenait à ressentir de l’amertume contre celle-ci, au contraire, elle avait presque pitié d’elle. Georgiana était la poupée de leur mère dont elle disposait à volonté et sur laquelle elle imposait sa volonté.

Elle soupira et sachant que sa mère ne la voulait point auprès d’elle – et ne désirant pas particulièrement rester près de sa mère – elle lui demanda si elle pouvait se retirer et aller danser. Sa mère,sans un regard, lui jeta un bref « Faites, faites » avec un léger signe de main pour lui faire prendre congé.

Angélique ne savait guère que ce qu’elle apprenait auprès de son horrible mère, l’aiderait certain jour ; car elle apprenait depuis sa plus petite enfante deux choses fondamentales qui lui donnerait une grande force : il ne fallait rien attendre d’autrui et elle apprenait que la patience était une grande vertu.

Il y avait plus de jeunes hommes que de jeunes filles ; si bien que celles-ci ne purent guère se reposer un seul instant pour la plupart. On jouait de tout. Des morceaux écossais pour faire plaisir aux jeunes et les faire bouger, des quadrilles traditionnels pour rassurer les mères…

Alors qu’elle dansait avec son frère, Isabel, une des filles des Felding, arrêta la fête. On ne l’avait pas vue de la soirée et ses parents disaient qu’elle était à Charleston.

« S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! Je vous demande à tous votre attention !… »

Elle était en hauteur avec les musiciens. Quand elle eut attiré l’attention de tous les invités, elle déclara, un large sourire ne quittant point ses lèvres – ce qui était rare !

« J’étais, comme vous le savez tous certainement,à Charleston… J’ai croisé Mrs Witchard et elle venait de recevoir une lettre apportée par un messager particulier… »

Son frère lui demanda d’abréger, ce qu’elle fit de mauvaise grâce.

« … Bref, vous savez que Mrs Witchard est la femme du régisseur du domaine des Darcy, ceux qui siègent à la tête de notre beau comté de Berkeley ainsi que celui dit-on du Leicester. Et bien voilà,après nos civilités échangées, elle m’a avoué que les Darcy arrivaient bientôt céans et qu’ils étaient actuellement à New York ! »

Des hourras suivirent ses paroles. Mais elle n’avait point tout à fait terminé.

« … Et mes chères amies, tenez-vous prêtes, il nous arrive trois gentlemen célibataires ! »

Des cris hystériques fusèrent de toutes parts.Angélique rit avec elle, devant leur allégresse, même si elle ne partageait point leur opinion. Elle les regardait à distance s’extasier d’avance de leur richesse, de leurs manières… Il ne restait plus qu’à attendre.

 

Georgiana sourit. Elle avait beaucoup de prétention et d’orgueil, et elle ne doutait pas un instant qu’elle parviendrait à épouser Lord Darcy.

Tout le comté fut en émoi pour l’imminente arrivée. Ses sœurs ne se contenaient plus. Même la paisible Victoria était dans une activité qui ne lui était pas coutumière. Ashley riait et annonçait que puisque Georgiana allait épouser Lord Darcy, lui, avec son aide évidemment,épouserait Lady Darcy. Angélique n’en riait pas car elle savait qu’il était à moitié sérieux.

Cependant, Angélique, que cette nouvelle touchait autant que le menue de repas du soir, en s’éveillant le lendemain, l’avait déjà oubliée.

Quand elle se rendit chez Margaret, celle-ci lui parla aussi des Darcy et Angélique, qui commençait à être agacée, siffla :

— Darcy ! Darcy ! Vous n’avez que ce nom à la bouche ma parole ! Vous n’allez point en plus vous y mettre vous aussi !

— Ma chère, calmez-vous ! Je ne savais point que le sujet vous agaçait à ce point ! Très bien, n’en parlons plus…Discutons plutôt du bal d’hier !

Et il en fut ainsi.

C’est ainsi, par la force des choses, qu’Angélique s’exclut volontairement de l’arrivée des Darcy. Elle ne sut point que les Mitchell préparaient un bal pour une dizaine après l’arrivée des Darcy. Etant la famille la plus riche du comté, hormis les Darcy évidemment, il avait été convenu que ce serait à eux de faire ce bal et d’y inviter le comte et sa famille.

Mrs Beckett ne parla point de cette réception à sa fille et elle remarqua dans un même temps que celle-ci feignait de ne rien savoir. Cela arrangeait ses intérêts et elle se tut donc.

Les Darcy et les Butler arrivèrent au début du mois de juin.

Leur arrivée provoqua plus d’émoi que ne l’avait craint Angélique. La jeune fille se réfugia chez son amie et, comme chaque fois qu’elle était troublée, s’installa au piano. Chacun dans la maison croyait que c’était miss Mitchell qui jouait. A la demande d’Angélique, Margaret n’avait jamais démenti mais elle s’abstenait de jouer en public. Elle n’avait certes pas le talent de son amie.

— Mon père est allé voir les Darcy ce matin. Il y a rencontré le père, le fils, le meilleur ami de celui-ci ainsi que le frère aîné de l’ami du fils.

Sans lever les yeux de son piano, Angélique sourit :

— Cette histoire se complique !

Elle prit bientôt congé de son amie et retourna chez elle. Son père l’y attendait.

 

Le père et la fille se promenaient le long de la rivière qui bordait leur demeure et qui – elle le savait – menait tout droit au domaine des Darcy. Leur maison était certainement l’habitation la plus proche de la leur. Après un moment de silence, Mr Beckett commença :

— Les Darcy sont arrivés dans le courant de la semaine, vous le savez. Que de plans ont été orchestrés par votre mère et votre sœur entre autre. Je sais que vous n’êtes en rien responsable de ces manigances et j’ai, pour votre jugement, la plus aimable impression. Aussi, il faut que j’aille présenter mes hommages à Sa Grâce, sans quoi votre mère me tuerait.

Angélique ne put réprimer son sourire. Elle regardait le sol devant ses pieds sans très bien comprendre où son père voulait en venir. Aussi était-elle très attentive quand il reprit :

— Ashley m’accompagnera, cela va de soit, mais j’aimerais que vous veniez aussi malgré les usages.

La jeune fille s’immobilisa, stupéfaite.

— M… moi ? Chez les Darcy ?

Ce fut au tour de son père de sourire. Il regarda avec tendresse le visage étonné de sa fille.

— Angélique, mon ange, vous savez que je  depuis de nombreuses années. Je risque de mourir, disons-le franchement,du jour au lendemain.

La fille ne savait quoi dire… Elle aimait trop son père pour ne point être touchée par ses paroles mais elle était surtout bouleversée par tant de résignation. Elle se taisait donc.

— Votre mère ne fera rien pour vous à ma mort,vous le savez peut-être mieux que moi encore. Vous êtes une jeune fille intelligente et pleine de talents. Sans votre besoin maladif de liberté, vous seriez la préférée de votre mère. Ne vous fâchez pas si je vous avoue sans ombrage que vous êtes plus jolie que Georgiana…

Angélique n’était pas d’accord mais elle ne dit rien.

— … Ashley sera votre seul rempart. Je sais que vous vous adorez tous les deux et cela me rassure, vous ne serez pas dépossédée à ma mort. Je veux que vous veniez chez les Darcy afin de m’aider à me faire un jugement sur eux pour enfin, s’ils le méritent, les aider à déjouer les plans de votre mère.

La jeune fille, qui ne savait que répondre, secoua la tête pour remettre ses idées en place. Elle releva son regard pour le plonger dans celui de son père puis elle rit, comme elle seule savait le faire et le monde en était ainsi meilleur.

Le chapitre est terminé ! J’espère que ça vous aura plu… en même temps, un premier chapitre sert surtout à poser les décors.

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II

Rencontre mouvementée

    De retour chez eux, Angélique monta mettre une tenue d’équitation ; et la jeune fille ne choisit évidemment pas la plus jolie ni la mieux habillée. Cela n’entrait guère dans ses critères. Elle se moquait éperdument de ce que penseraient les Darcy d’elle. Angélique mit donc la rouge et noire. Elle ne le savait pas mais ses yeux ressortaient davantage avec cet habit. Elle se coiffa rapidement et mit son chapeau qu’elle fixa avec des épingles. De petits cheveux rebelles ressortaient de temps à autre de son chignon de fortune.

Sa mère montait les escaliers avec Georgiana quand la jeune fille descendit. Elles demeurèrent un instant surprises devant la tenue d’Angélique qui, d’ordinaire, ne se donnait guère la peine de se changer pour monter à cheval.

— Où allez-vous ? demanda-t-elle toujours aussi amèrement.

Angélique leva les yeux vers elle et rencontra son regard.

— Père m’a demandé de l’accompagner… Si vous voulez de plus amples explications que je n’ai point, allez les lui demander directement.

Georgiana, qui savait parfaitement où leur père se rendait, supplia sa mère :

— Ho, maman, je veux y aller aussi ! Ce n’est pas juste !

— NON ! rétorqua froidement Mrs Beckett, ce n’est point la place d’une jeune demoiselle d’aller rendre hommage à d’autres gentlemen, surtout qui nous sont supérieurs… Et cela vaut pour vous aussi miss Angélique !

Les yeux verts d’Angélique se durcirent et elle répliqua entre les dents :

— Ne m’avez-vous jamais traitée comme telle ?

Mrs Beckett n’avait guère point l’habitude qu’on lui réponde, encore moins qu’on lui tienne tête, même de la part d’Angélique.Elle entrevit alors son époux qui s’apprêtait à sortir de la maison avec leur fils Ashley.

— Monsieur, l’intercepta-t-elle, je ne puis croire que vous nous désavouiez à ce point ! Emmener une de nos filles et Angélique de surcroît ! Je ne puis croire que…

Mr Beckett remarqua évidemment qu’Angélique n’avait point daigné tressaillir à l’offense que venait de lui faire sa mère.Il reposa son regard sur son épouse qui recula d’un pas sous le regard meurtrier que lui assena Mr Beckett.

— Ma chère, soit Angélique nous accompagne, soit je ne rends pas visite aux Darcy. A vous de juger. Je vous laisse une minute.Il prit sa montre dans son gilet accrochée à une chaînette, l’ouvrit et la regarda.

Mrs Beckett, décontenancée, ne savait que faire ; sa lèvre inférieure se mit à trembler et son cœur s’accéléra. Puis elle regarda tour à tour Georgiana et Angélique avant d’incliner la tête.

— Très bien, allez-y !

Elle reprit sa progression dans l’escalier et marmonna à Angélique quand elle passa à côté d’elle.

— Ne croyez point triompher si aisément… Tant que votre père est là, très bien, mais quand il sera parti, je me vengerai pour ce que vous m’avez fait !

Angélique plissa les yeux et répondit sur le même ton :

— Qu’ai-je donc fait ? Je suis venue au monde ?

Sa mère ne sut que répondre et la quitta. Georgiana la regarda comme si elle était la peste personnifiée et suivit sa mère.

 

Ashley aida sa jeune soeur à monter sur sa monture qui l’attendant devant la maison avec les leur. Victoria vint la voir ainsi que Lucy dans la cour. Elles exigeaient que leur soeur détaillât tout pour le leur raconter après. Puis ils prirent la route au pas. Malgré le fait qu’elle montait en amazone, Angélique chevauchait devant les deux hommes. Elle était si bonne cavalière qu’elle ne semblait faire qu’un avec le cheval. Son père songea, non sans fierté, qu’elle était de ses filles la plus accomplie.

Moins d’une demi-heure plus tard, ils atteignaient le parc du domaine. La jeune fille n’y était jamais venue. Elle s’en était toujours abstenue et aujourd’hui le regrettait. Le jardin, à la française,était magnifique. En face du château se trouvait une grande fontaine en bronze.On descendait quelques marches par deux escaliers symétriques qui menaient à un chemin blanc – certainement des copeaux de marbre – qui longeait deux immenses parterres de fleurs.

Son père et son frère l’avaient distancée mais elle ne s’en était point rendue compte.

 

D’une des fenêtres du premier étage de la splendide demeure, une jeune fille aux cheveux couleur du miel regardait leurs nouveaux visiteurs arrivés. Elle guettait son frère qui était parti plus de deux heures auparavant. Elle remarqua avec la plus grande admiration la cavalière qui se tenait derrière les deux hommes et qui semblait contempler le domaine. Sa tenue d’équitation n’était point très riche mais tout en joliesse selon elle. A gauche de la cavalière se dressait une forêt. Soudain, juste devant la jeune cavalière apparut un gentleman monté sur un magnifique destrier noir.

 

Angélique avançait doucement avec sa jument pour avoir tout le loisir de contempler le domaine. Puis, il apparut, elle ne sut jamais vraiment d’où. Il arriva à toute vitesse et n’évita Angélique que de peu. Sa jument, fière et fébrile, hennit et se cabra attirant ainsi l’attention des deux Mr Beckett.

Le désordre régna quelques instants des deux côtés mais Angélique – déstabilisée par le fait qu’elle montait en amazone – devait demeurer doublement attentive. Son agresseur, ce fut du moins ce qu’elle ressentit sur l’instant, dominait mal sa monture à cause de l’agitation de la jument de la jeune fille. Elle entendit une voix d’homme, celle de son agresseur, hurler, fou de rage :

— Imbécile ! Si vous voulez me tuer, il faut le dire ! J’ai manqué de me rompre le cou !

Angélique, stupéfaite par cette déclaration,perdit sa concentration et lui jeta, elle aussi dans une colère noire :

— Et en plus vous avez l’audace de m’accuser ? M’agresser alors que je ne vous connais même pas !

— Vous n’aviez qu’à faire plus attention !

— Vous n’avez qu’à mieux tenir votre monture !

— Je suis certainement meilleur cavalier que vous !

— Voulez-vous parier ?

— Que non point, ce serait une pure perte de temps.

Angélique voulut rétorquer mais le cheval de son adversaire se cabra au moment où elle-même perdait l’équilibre sur sa selle.Avant qu’elle ait eu la moindre chance de le voir, la jeune fille reçut un violent coup de sabot sur la tempe qui lui fit perdre à moitié connaissance.Des points lumineux et noirs se mirent à danser devant ses yeux.

Les Butler et le comte, voyant des cavaliers s’approcher, s’étaient rendus dans le jardin dans l’intention de les y rencontrer. En arrivant près de la fontaine, ils virent, non sans stupeur, Lord Darcy qui luttait avec sa monture et une cavalière qui semblait en faire de même. Ils s’élancèrent rapidement en voyant la jeune fille blessée.

Angélique aperçut vaguement la silhouette de son frère au dessus de sa tête. Puis une voix, qu’elle aurait reconnu entre mille : son agresseur. Elle sentait un goût métallique dans sa bouche et comprit que c’était du sang. Elle murmura, emplie de haine, avant de perdre connaissance :

— Je me vengerai !

 

Lady Darcy arrivait peu après en courant. Elle aperçut le visage de la jeune cavalière et fut étonnée de constater qu’elle n’était guère plus vieille qu’elle-même. Le père de la blessée, ainsi que son frère vraisemblablement,était penché au dessus de sa fine silhouette immobile. Le colonel Butler, le meilleur ami de Lord Darcy, essayait de calmer son ami qui semblait simplement furieux. Jamais encore, elle ne l’avait vu dans cet état. Lui, toujours si maître de lui ! Elle regarda autour d’elle sans vraiment savoir quoi faire. Puis, décidée à savoir ce qui était passé par la tête de son frère, la jeune fille l’aborda :

— Vous sentez-vous bien ?

— Oui.

D’accord. Elle regarda Peter, l’ami colonel de son frère, mais il haussa les épaules. Il ne comprenait pas non plus ce qu’il lui avait pris… S’en prendre à une jeune fille ! Sans doute ne l’avait-il point fait volontairement. Lady Darcy songea que la jeune cavalière ne nouerait pas beaucoup de lien amicaux avec sa famille et tout particulièrement avec son frère.

 

Alors alors ? L’histoire commence maintenant non ? Et pour le reste, il vous faudra acheter le livre… hi hi
En attendant, donnez-moi vos impressions, à vos claviers !

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